Paris – Face à une production de données mondiale désormais mesurée en zettaoctets, Infotel présente, à travers une intervention de son expert Morgan Attias, sa méthodologie « Green Archiving » : une approche concrète pour réduire l’empreinte carbone de l’archivage électronique sans sacrifier ni la conformité, ni l’accessibilité, ni la performance.
Un volume de données hors normes, un enjeu environnemental incontournable
La croissance annuelle des données produites atteint aujourd’hui une échelle zettaoctet (10²¹ octets), un ordre de grandeur jusqu’ici réservé à l’astronomie. Dans ce contexte, et alors que les plans RSE et les engagements environnementaux se multiplient, la maîtrise de l’impact carbone de l’archivage électronique devient un enjeu stratégique pour les organisations.
Attention au greenwashing
Morgan Attias alerte sur un écueil fréquent : la compensation carbone (plantation d’arbres, etc.) n’est pas une stratégie viable sur le long terme. Il invite les organisations à privilégier des fournisseurs transparents sur leur empreinte réelle plutôt que de se fier à des données génériques, comme celles de la Base Empreinte (0,5 à 24 g de CO2 par gigaoctet stocké dans le cloud) : des ordres de grandeur utiles, mais rarement représentatifs d’un contexte d’archivage et de préservation sur 5, 10, 15 ans, voire à titre permanent.
Des angles morts trop souvent ignorés
L’étude s’appuie notamment sur les travaux du CSC finlandais et sur une analyse du Conseil de l’Europe pour mettre en lumière plusieurs sources d’impact généralement sous-estimées :
- L’archivage physique génère lui aussi une empreinte carbone (climatisation, transport, indexation sur serveurs), parfois supérieure à celle de l’archivage électronique.
- La compression et le chiffrement appliqués sans discernement (par exemple sur des fichiers déjà compressés) peuvent multiplier par sept le coût énergétique d’un traitement.
- La réplication passive et des politiques de sauvegarde trop fréquentes démultiplient inutilement le volume de stockage.
- Les métadonnées superflues : à l’échelle de centaines de milliers d’archives, chaque champ de métadonnée ajouté doit être matérialisé et pèse sur l’empreinte globale.
En rationalisant ces pratiques (suppression des copies redondantes, passage à une stratégie d’archivage tiède ou froid adaptée), l’impact environnemental d’un même volume de données peut être divisé par 10, voire par 100.
Une preuve par l’exemple : le cas Infotel Lab
Pour valider cette méthodologie, les équipes Infotel ont mené un projet interne avec un objectif clair : construire un système d’archivage à valeur probatoire, compatible avec un environnement de production, tout en minimisant la consommation énergétique.
Le dispositif de test reposait sur plusieurs téraoctets de données (archives de 1 à 10 Mo), avec une cible de 100 000 opérations d’archivage et 10 000 consultations par heure. Les résultats obtenus grâce à du matériel basse consommation sont sans appel :
- 8 à 12 W en fonctionnement standard (pics à 15-20 W) pour le matériel basse consommation
- contre 25 à 35 W en standard (pics à 60-75 W) pour un serveur classique
Une réduction drastique de la consommation, obtenue sans compromis sur la performance de production.
Les leviers d’action identifiés par Infotel
L’expertise présentée par Morgan Attias structure la démarche Green Archiving autour de plusieurs piliers :
- Matériel : privilégier des serveurs basse consommation et rationaliser les ressources selon les besoins réels
- Support de stockage : arbitrer entre disque, bande et technologies émergentes (stockage ADN, céramique) selon l’usage
- Logiciel : n’activer chiffrement, compression et déduplication que lorsqu’ils sont réellement nécessaires
- Gestion des accès : combiner stockage à chaud, tiède et froid selon la fréquence d’utilisation
- Cycle de vie de la donnée : définir dès sa création la durée de conservation et les règles de suppression
- Métadonnées : ne conserver que les métadonnées réellement utiles à la recherche et à l’exploitation des archives
Infotel recommande par ailleurs le Référentiel Général d’Écoconception comme outil d’auto-diagnostic pour les organisations souhaitant évaluer leurs propres pratiques.
Une conviction : réduire plutôt que compenser
« Il n’est en aucun cas nécessaire de sacrifier l’accessibilité ou d’augmenter drastiquement le risque. En planifiant stratégiquement, en prenant les bonnes décisions et en impliquant les différents utilisateurs de la donnée, on peut arriver à une réduction impressionnante de l’impact environnemental », résume Morgan Attias.
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